
l'Occultisme, et cet enseignement (purement didactique et théorique), était ensuite mis en
pratique dans la Rose-Croix Russe.
Mais, dira-t-on, la plaquette à couverture verte publiée en 1946 par nos soins, (Cf. « Le
Martinisme contemporain et ses véritables origines », Destins éditeur, Paris 1946), démontre
que L.C. de Saint Martin n'a jamais fondé d'organisation, que ce sont ses disciples, ses
intimes, probablement, (Gence dixit), qui constituèrent un semblant de société. Et « l'Appel à
la Vérité» du Chevalier d'Arson, montre qu'en 1818, il s'agissait d'une véritable société
secrète. Exact, répondrons-nous. Saint Martin lui-même n'a jamais constitué d'organisation de
ce genre, mais en France... Car il demeure historiquement prouvé qu'il initia en 1787 le prince
Galitzine, au cours de leur lente traversée de la Suisse, allant en Italie. (Cf. Matter scribit).
Et peu après la constitution, à Lyon, du REGIME ECOSSAIS RECTIFIE en 1778, au plus
tard en 1782, date du fameux Convent de Wilhelmsbad il constitua bel et bien une
organisation maçonnique, dénommé RITE REFORME, (qu'on appela d'ailleurs « Rite
Réformé de Saint Martin », et fut notamment pratiqué à Metz, au chapitre « Saint Théodore
»). Qu'il s'agisse bien du « Philosophe Inconnu » ; de sa doctrine, introduite dans les discours
initiatiques des grades, les commentaires acerbes de Ragon, ceux de F. Favre le démontrent
sans contestation possible, aucun doute n'est permis à leur lecture ! Cette doctrine était à la
fois politique, sociale, et métaphysique ; elle dérivait évidemment de celle de sa première
école, celle de Bordeaux...
Ce qui empêcha Saint Martin de développer son plan d'une organisation qui lui serait propre,
ce fut d'abord, en 1788, sa rencontre à Strasbourg, avec les œuvres de Jacob Behme ; ceci
l'incita à différer encore un peu, le temps d'étudier le philosophe allemand. Puis en 1789,
éclata la Révolution Française ; il se passionna pour elle, il rédigea sa célèbre « Lettre sur la
Révolution Française », où il la compare à une préfigure du Jugement Dernier. Il alimenta le
mouvement révolutionnaire, faisant des dons anonymes à sa « Commune », de près de deux
mille livres, au total. Il était assez connu comme bon républicain pour être désigné comme
précepteur possible du Dauphin Louis XVIII. En outre, il monta la garde au Temple, où était
enfermée la famille royale. Il était par conséquent « sectionnaire », membre des fameuses «
Sections de la Commune de Paris ». Or pour y entrer, il ne suffisait pas d'être volontaire, il
fallait avoir donné des preuves de son civisme. Ce fut nécessairement son cas.
Et ceci nous montre que Saint Martin fut à son époque un homme de gauche, politiquement
parlant, si Martinez de Pasqually fut un fidèle des Stuarts, et donc à travers la Compagnie de
Jésus, de l'Église catholique romaine.
En outre, ceci explique le peu de sympathie existant réellement entre Saint Martin et
Willermoz.
Le second était un bourgeois conservateur, désireux de se frotter aux grands seigneurs, voire
aux souverains. Et le premier était un aristocrate, acquis aux idées nouvelles comme tant de
gentilshommes de l'époque. En déclarant combien ses idées et ses goûts l'écartaient de la
Maçonnerie de Willermoz, ce n'était pas de la Maçonnerie Universelle qu'il entendait sortir,
mais de la Nouvelle Obédience lyonnaise, de laquelle on avait soigneusement retiré toutes les
études ésotériques, dans laquelle on ne pouvait aborder ni les sujets politiques, sociologiques,
ou religieux, par docilité à l'égard des souverains et du pape, ce qui ne faisait pas l'affaire du
«Philosophe Inconnu», justement passionné de ces questions...